Ce que disent les études
Dans les travaux comparant mères et pères, les mères présentent en moyenne un niveau d'épuisement parental plus élevé. Une étude française menée auprès de 304 mères ( et coll., 2018) a identifié parmi les facteurs les plus associés au burn-out maternel le stress perçu, les symptômes anxieux et dépressifs, le stress lié à l'enfant et les stratégies de coping centrées sur l'émotion plutôt que sur le problème ; les facteurs purement contextuels (nombre d'enfants, situation professionnelle) comptaient moins. Une recherche qualitative belge ( et , 2018) décrit, au cœur du vécu des mères épuisées, une peur : celle de ne pas être une assez bonne mère, puis la peur de perdre le contrôle et de ne plus se reconnaître.
Pourquoi les mères sont plus exposées
La charge mentale, encore très inégalement partagée
Penser aux rendez-vous, aux vêtements de la saison, aux cadeaux d'anniversaire, aux inscriptions, aux stocks, à l'état émotionnel de chacun : ce travail d'anticipation et de coordination repose encore, dans la plupart des couples hétérosexuels, sur les mères, y compris quand les tâches concrètes sont mieux réparties. Il ne s'arrête jamais et n'est reconnu par personne, ce qui en fait un facteur d'épuisement majeur. Mesurer votre charge mentale.
L'injonction à la « bonne mère »
Allaiter, être disponible, patiente, épanouie, mince, performante au travail et présente à la maison, ne jamais crier, tout expliquer : l'idéal maternel contemporain cumule des exigences contradictoires. L'écart entre cet idéal et la réalité produit une culpabilité chronique, et la culpabilité consomme de l'énergie. Le perfectionnisme parental est l'un des facteurs les plus fortement liés au burn-out. Faire le point sur vos exigences.
Le parent « par défaut »
Celle qu'on appelle en premier de l'école, qui prend le jour enfant malade, qui réduit son temps de travail, qui gère les nuits parce qu'elle « sait mieux » : être le parent par défaut, c'est ne jamais être hors service. Beaucoup de mères épuisées n'ont tout simplement aucun moment où elles ne sont pas responsables de quelqu'un.
La honte et l'isolement
Dire qu'on n'en peut plus de ses enfants reste, pour une mère, presque indicible : cela heurte l'idée que l'amour maternel devrait suffire à tout. Beaucoup cachent leur état, y compris à leur conjoint et à leurs proches, et s'isolent au moment où elles auraient le plus besoin de relais.
Comment ça se manifeste
Les quatre dimensions du burn-out parental sont les mêmes pour tous, mais chez les mères, le contraste avec la mère qu'on voulait être et la culpabilité sont souvent au premier plan. S'y ajoutent fréquemment des troubles du sommeil indépendants des enfants, des pleurs faciles, une irritabilité qui fait honte, des pensées d'évasion (« partir », « tout laisser ») qu'on n'ose dire à personne, et parfois des idées plus sombres. Si c'est votre cas, prenez contact rapidement avec le cabinet, sans honte : ces pensées se travaillent, et elles reculent quand l'épuisement est pris en charge.
Les leviers qui comptent
- Transférer des responsabilités entières, pas des tâches : que l'autre parent, ou un proche, devienne celui qui pense à un domaine, de bout en bout.
- Un temps hors service, fixe et non négociable chaque semaine, où vous n'êtes responsable de personne.
- Baisser une exigence d'un cran, pendant deux semaines, et observer : les enfants vont presque toujours aussi bien.
- Dire la difficulté à une personne, une seule pour commencer, qui ne jugera pas.
- Consulter si les signes durent depuis plusieurs semaines : l'épuisement maternel se travaille bien, surtout tôt.
Après une naissance, l'épuisement se mêle souvent à la dépression du post-partum, qui touche une proportion importante des mères et se soigne. La page périnatalité et post-partum aide à faire la part des choses.